wpe5038ca0.jpg

Mais tout se compliqua lorsqu’ils croisèrent un groupe d’adolescents, qui manifestement n’allait pas leur souhaiter la bienvenue. La montre d’Eva avait, une fois de plus, attiré l’attention, et l’un des jeunes qui semblait être le meneur, ne s’embarrassa pas de politesses et lui demanda, sans aucune gêne, de la lui donner. Il faut dire que les cinq gaillards derrière lui, devaient lui donner une assurance qu’il n’aurait bien entendu pas eue dans d’autres circonstances…Jean assista à la scène d’abord en tant que spectateur. L’expérience lui avait appris qu’il ne fallait pas réagir impulsivement dans ce genre de situation. Il examina avec attention les adversaires pour essayer de se rendre compte, au feeling, s’il y avait une menace sérieuse. Ces garçons ne paraissaient pas très méchants, individuellement parlant. Mais il était évident que leur meneur, n’abandonnerait pas des proies aussi intéressantes, d’autant plus que la rue était déserte. La solution du repli ne semblait  pas être applicable, vu la différence des forces en présence. Durant sa réflexion, les trois jeunes filles, qui étaient apeurées, tentaient de résister en refusant d’obtempérer, se demandant d’ailleurs pourquoi ‘l’Homme’ de la troupe  ne bougeait pas. C’est alors que Jean s’approcha rapidement de l’agresseur et, d’une façon totalement imprévisible, lui tendit la main avec beaucoup d’assurance, tout en lui lançant un bonjour sympathique. Cela eut pour effet de déclencher la réponse conditionnée, elle prévisible, d’une politesse identique. Et, LA, la partie était gagnée, Jean ne lui lâcha plus la main.  Maintenant on pouvait discuter…La situation était en train de tourner. Les trois jeunes filles venaient de comprendre pourquoi il avait agi ainsi et attendait avec intérêt la suite. Jean avait bien sûr peur, mais il fit en sorte de ne pas le montrer. Il regarda fixement son adversaire, qui, il faut le dire, la surprise passée, se demandait quoi penser de ce fou qui venait de lui donner le bonjour. Jean s’adressa alors à lui, avec un ton complètement décontracté et ironique, et dit :

- Dis-moi, tu penses que tes potes seraient heureux d’apprendre que tu penses revendre cette montre…sans partager toute la somme ?

  La phrase fit l’effet d’une bombe…atomique. En quelques petites secondes l’agresseur potentiel perdit toute son assurance et regarda ses comparses avec crainte. Il n’avait pas essayé de nier tant Jean avait d’aplomb. D’ailleurs il était trop occupé à se demander comment ce touriste avait deviné. Touriste qui continua le petit jeu, maintenant avec délectation, et qui dit :

- Ah ? Tu as peur que Laurent apprenne que déjà, l’autre fois, t’avais réussi à vendre le scooter bleu beaucoup plus cher que tu ne l’as dit ? Tu sais c’est pas bien du tout…

  Jean aurait pu, bien sûr, se passer de ce genre de commentaire, mais une fois n’est pas coutume, et puis, il ne l’avait pas volé. Manifestement, le prénom cité correspondait à une personne de la bande, qui se manifesta tout de suite avec beaucoup d’agressivité. Il avait été tellement surpris d’apprendre cette vérité, qu’il ne s’était même pas demandé comment l’orateur en avait eu connaissance.

Il s’adressa à l’accusé en lui demandant des comptes. Jean ne put résister à la tentation et ajouta :

- C’est vrai que t’es dans de beaux draps, je me demande s’il serait approprié de parler maintenant de cette fois où tu lui as fait croire que sa petite amie…euh…Corinne, je crois, avait passé la nuit chez…une copine, oui, c’est ça. Manifestement, elle a apprécié ta compagnie…Enfin, d’après toi…

  Jean avait fait mouche, il avait déjà, bien sûr, lâché la main du condamné, quand cela avait commencé à chauffer. Nos quatre touristes n’étaient plus le centre d’intérêt de la bande et ils en profitèrent pour s’éloigner discrètement. De toute façon, le danger séloignait, et cela d’autant plus vite, que des passants arrivaient et auraient mis fin à l’incident.

  Les trois jeunes filles étaient très admiratives, et ne tarissaient plus d’éloges pour leur héros, durant le retour vers la voiture. Ce dernier, comme à son habitude, fut très modeste sur sa performance théâtrale. Il dit avec sérieux :

- Ecoutez…, d’accord, si vous voulez, j’ai été très brillant, okay. Mais j’ai eu beaucoup de chance, je ne peux lire que les pensées qui traversent ‘en direct’ l’esprit de la personne. C’est lui-même qui m'a fourni la matière au fur et à mesure. Imaginez, il aurait été un peu plus sûr de lui, il aurait gardé son sang froid, et ne m’aurait pas laissé le loisir de le ridiculiser comme cela.

- Ah là là, tu réfléchis trop, répondit Eva. Tu aurais sûrement trouvé autre chose, t’as de la ressource. En tout cas, ma jolie montre se fait trop remarquer. Peut être que je m’en achèterai une moins voyante, lors de notre prochain arrêt. Car, je ne sais pas vous, mais je suggère de quitter le secteur avant que les autres abrutis se réveillent et cherchent à nous retrouver.

- Tout à fait d’accord ! ! répondirent en cœur Christine et Andréa.

- Okay, dit Jean en riant. On repart. Et surtout…ne me demandez pas où !

 

©  2008 Les Éditions du Manuscrit  

wpf4626946.png
wpb58288b6.png
wpcb044607.png
wp60116893.png
wp481f7834.png
wp0c4a6246.png
wpb2fec6d1.png